Les enfants d\'ici Gabrielle Duplantier

Les enfants d\'ici




Les enfants d’ici sont les mêmes qu’ailleurs

Les hommes naissent libres et égaux en droits. Plus de deux cents ans après, cela reste infiniment vrai, malheureusement ils ne le demeurent toujours pas. L’enfance est cette période magique où l’ingénuité aplanit toutes les différences. L’univers du bambin arase toutes les difformités. Leurs yeux sont aveugles aux stéréotypes urbains déformants le cerveau des adultes. Leurs oreilles sourdes aux aboiements et aux travaux et autres bruits qui effraient ceux qui écoutent la rumeur du monde. Dans leur univers, seuls comptent les rires, les copains et les jeux. Ceux-là se font avec ce qui vient sous la main. Les enfants de Calcutta, d’Oslo ou de Bayonne ont les mêmes réflexes ludiques et les mêmes imaginaires. La réalité vient réduire plus ou moins les rêves.
L’enfance ne comprend rien aux sigles que les grands ont inventé pour compliquer la vie et montrer qu’ils sont sérieux. Déjà que l’on n’est jamais sérieux à 17 ans, alors de 7 à 10 que voulez-vous qu’on en ait à faire des ZUP, des ZEP, des zones franches ou des quartiers sensibles ? Les photos de Gabrielle Duplantier nous interpellent en cela : elles racontent cette improbable rencontre, à rebours de ce qui se propage inlassablement sur les « quartiers ». Les tours, si décriées dans les médias, sont bien là. Elles s’affichent même en travaux, toutes grues dehors et dans un ciel de nuages. Il n’y a pas de tentative d’euphémiser le réel. On ne guérit pas une fracture en l’habillant avec élégance. Ici, l’affrontement entre le chaos architectural et la simplicité du rire des enfants nous invite à la réflexion et au choix. Choisir son camp : les photos montrent à la fois notre pessimisme et notre optimisme. Gabrielle a opté pour la seconde voix, celle de la vie. A la piscine ou dans la classe de neige, l’enfance reprend ses droits et les stéréotypes fondent. Elle montre ainsi qu’il ne tient qu’à chacun d’entre nous de faire mentir cette croyance étymologique qui voudrait que banlieue signifie « lieu du bannissement ». En résumé, si j’ai aimé ces photos et j’espère, vous partagerez cet élan, c’est qu’elles extraient l’objet singulier pour nous parler de l’universel. A l’évidence, Gabrielle Duplantier aime ces enfants et sans doute aime-t-elle aussi sa ville de Bayonne. Pour autant, ce livre ne raconte pas cela. En saisissant au plus près le quotidien des enfants d’ici, elle met à nu ce qu’ils ont de commun ou d’égal à tous les autres : les enfants d’ici sont les mêmes qu’ailleurs.

Vincent Edin


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