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- Gabrielle Duplantier

Principales Expositions
 

Personnelles

mai 2o1o Centro Cultural Lugaritz, San Sebastian
avril 2o1o "rencontres sur les docks", cinéma l'Atalante, Bayonne
2oo8-2oo9 "Paysages intimes/ Ikuspegi goxoak", exposition itinérante, Alliances Francaises, Espagne
2oo7 "Paesaggi interiori", Festival triestèfotographia, Trieste, Italie
2oo6 Cloitre d’Urdax, Espagne
2oo4 Bardos/ Conseil général des Pyrénées Atlantiques
 

Collectives
 
2o1o Amazonian Rovers. Diaporamas et sons. Hasparren
2oo9 Festival international de photographie, Pingyao, Chine
2oo9 7 photographes au Pays basque/Musée Basque, Bayonne
2oo8 Mois off de la photo, Cartonnerie, Paris
2oo8 Lauréats « parole photographique », Vendôme.
2oo8 « I bought me a cat », b-gallery, Rome, Italie
2oo8 Charlet photographies, Centre Iris, Paris
2oo7 « Exils » 9 photographes, 9 visions. Diaporamas. Paris.
2oo6 salon « les indépendances » Enghein-les-bains
2oo5 Cycle « Keep the distance » Espace Lhomond, Paris
2oo4 Lauréats prix Agfa / Comptoir du marais, Paris
 
 
 
Parcours

Née en 1978, Gabrielle Duplantier a étudié la peinture et l'histoire de l'art à la faculté des Arts Plastiques de Bordeaux.
La photographie constitue alors une passion annexe. Une fois son diplome obtenue,
elle décide de travailler sa pratique photographique seule et s’installe à Paris ou elle travaille
comme assistante de photographes ou photographe de plateau.
En 2002 elle retourne vivre au Pays basque.
Inspirée par ce pays riche et énigmatique, elle se lance à son initiative dans une série d'images sur ces lieux,
où les personnages, familiers ou non, se perdent dans d'interminables espaces.
En 2009, les éditions Cairn lui commande un premier ouvrage de photographies « Chapelles du Pays basque »
dans lequel elle explore, en couleur, un Pays basque mystique et silencieux.
Un livre en collaboration avec l’écrivain Marie Darrieussecq est en préparation avec ces mêmes éditions.
Parallèlement à diverses collaboration avec la presse, l’édition ou avec des musiciens,
Gabrielle poursuit son travail personnel autour du portrait féminin, un de ses sujets privilégiés,
et sur ses voyages réguliers au Portugal, le pays de ses racines.
En 2011, elle entame une nouvelle série autour des enfants du quartier de la ZUP de Bayonne,
dans le cadre d’une résidence d’artiste.
 
Collection FNAC et nombreuses collections privés.
Lauréats Grand Concours Agfa 2003- Coup de Cœur Bourse du Talent Portrait, Photographie.com 2005-
Lauréats Parole photographique Actuphoto 2008.
Publiée dans Photos Nouvelles, Shots Magazine, Gente di fotografia, Revista, Le Festin, Pays basque magazine,
Gomma mag…
 
 

Textes

Ecorchée vive, creusant une sombre poésie dans des noirs et blancs profonds, Gabrielle Duplantier développe une recherche intimiste pour mettre à nu la pureté d’un visage, la sensualité des formes, la puissance de la lumière, le mystère de la vie planqué sous les apparences de ses personnages souvent féminins égarés dans des chambres exiguës ou des paysages improbables à la recherche de leur identité. Certains verront à travers les images volontairement décadrées, floues, bougées, dont le grain assure une espèce de blues où errent des êtres fantomatiques quelques signes du Pays basque, d’autres relèveront l’intimité sensuelle, le frémissement ou l’abandon des corps qui forment la tribu affective où se meut la photographe. Dans la lignée de la très victorienne Julia Margaret Cameron ou plus près de nous, de photographes tel que Mario Giacomelli, Paulo Nozolino ou Dolores Marat dont l’oeuvre met à jour des territoires terriblement subjectifs et personnels à la fois fragiles et poétiques, Gabrielle Duplantier à peine âgée de tente ans invente des petites fictions et des moments complices. Ceux-ci puisent leur énergie et leur beauté trouble à partir de la terre même où elle puise sa raison d’être et de cette lumière si particulière que lui offre les incertitudes du climat et des intempéries.
 
Claude Nori.
 
 

Gabrielle photographie comme autant d’icônes les femmes proches qui gravitent autour d’elle. Retirée dans son laboratoire, elle élabore grace à son traitement, une esthétique particulière du portrait qui deviendra la clef de son travail. Au fil du temps, les prises de vue deviennent plus larges, certains personnages, tout en conservant leur place centrale sont intégrés, solitaires, dans de vastes paysages; d'autres au contraire, dans le confinement de pièces exigues. Le dense noir et blanc confère à ses photos, souvent sombres et charbonneuses, une épaisseur énigmatique. Dans cet univers ambivalent, les personnages, les paysages, sont racontés de la même manière: ils y paraissent à la fois intemporels et graves, anecdotiques et futiles. La photographe se soumet volontiers à l'aléatoire des conditions extérieures, les intempéries, le mouvement, l’obscurité sont autant de manières pour elle de conjuguer le hasard à l'éphémère pour tenter de surprendre les profondeurs. Les images de la série du Pays basque ont ainsi l'odeur et la sensualité de la terre embrumée; des hommes, des animaux solitaires, à peine visibles au milieu de paysages inquiétants, paraissent murmurer une verité. Pour atteindre cette dimension,  l’immersion physique a une importance capitale. Son inspiration pourrait venir aussi largement des photogravures et photographies anciennes, de la peinture de Balthus, ou des personnages féminins séduisants et orageux de la littérature des soeurs Brontë.
 
Marion Lartigue.
 
 
 
Gabrielle Duplantier - "Créatures surprises, en suspens"
 
Article de Daniele Moretto.
Traduit de l'italien par Brigitte Padieu Antonelli
 
Gente di fotografia-2011
 
« Poètes et photographes, nous devrions toujours travailler ensemble ».
C’est ce que j’ai tout de suite pensé en regardant les premières photos de Gabrielle Duplantier. D’ailleurs, la communion des arts est une pratique ancienne tant elle est nécessaire – les artistes cosmopolites, pères des avant-gardes, qui se confrontaient dans le Paris du début du XX° siècle, le savaient bien. Aujourd’hui, les poètes sont peut-être plus redevables à la (bonne) photographie qui les sauve de la « misère imaginale » : des effets de la désacralisation/dissipation du réel, de l’usure du tissu du visible, en fait de tout ce qui ôte le naturel du fond et « brûle » nombre de détails par trop de lumière. La société du spectacle, moulinette voire machine à triturer les esprits des images consommables, écrase à grand bruit le monde et le rend irregardable. Et voilà que le photographe apporte au poète un matériel précieux : des pépites d’images, de la matière exotique, des hosties de beauté. Il y a dans le poièin de Duplantier une fougue pénétrante du réel, une passion guidée par un dáimon qui révèle des lieux, des figures, en apparence ordinaires et quotidiens, en réalité tous immergés dans une atmosphère fabuleuse ou théâtrale, d’une vibrante obscurité, jamais sombres, avec de rares doses de couleurs, juste pour dire qu’elle vit au 21ème siècle ; mais ses photographies sont des pièges tendus au passé, une tentative d’arrêter le temps, d’y pénétrer pour en bloquer l’engrenage. Et qu’est-ce que la photographie sinon un exercice spirituel quotidien sur un seul thème : le temps ? Pourtant G. Duplantier exploite également totalement l’autre élément de base de l’image : l’espace. Elle traite le monde comme un théâtre. Elle aurait pu être décoratrice (elle a étudié la peinture). Nombre de ses photos sont de véritables scènes, y compris insolites, où ses modèles prennent des poses comme si elles étaient des photogrammes extraits de séquences imaginaires (sur son site une section s’intitule « Figures et petites fictions », titre adapté à une bonne partie de sa production). Et l’on découvre ainsi que nombreux sont les arts qui confluent dans celui de G. Duplantier, dont l’intelligence ne laisse aucun doute, mais des attentes oui.
Le pari de la forme est joué par la lumière, concentrée en un point dans une ligne continue, et même à certains moments dans un flou, afin de cueillir dans le grain, des molécules et encore moins que des molécules. Le temps (d’exposition), d’ennemi devient complice, pour capturer le plus petit éclair de lumière possible mais aussi le plus intense. Une photographie dépeuplée, où les hommes sont très rares, et jamais utilisés en véritables sujets. Il y a plus de chevaux que d’hommes. Il y a plus d’enfants que d’hommes mais surtout des femmes, des femmes, énormément de femmes. Presque toutes des jeunes filles. Un réservoir inépuisable de beauté, de sensualité, de tendresse, de fragilité, d’ironie….. Ici aussi, le combat se mène contre le temps. L’artiste cueille, arrête, contraint presque ces Figures avant que le temps ne dissolve leur évidence existentielle. Je commente maintenant les photographies que vous avez sous les yeux. Un ensemble, sorte de synecdoque : on y trouve presque que tous les thèmes chers à notre artiste. Elles ont toutes des titres très courts : le rapport avec le mot « de service » cherche à soustraire, minimise l’évènement, fait un clin d’œil à son être artificiel. L’artiste sait que le visible est usé et il en joue, il le tend, l’étire, le manipule. C’est uniquement de cette manière qu’il peut s’abandonner. En ce sens, le domaine dans lequel il se déplace est un champ uniquement artistique. Aucune description, aucun reportage, aucune note sociologique. Non. Seulement le temps, l’espace, la lumière. Et les trois éléments ensemble : la profondeur.
Néanmoins, chaque photo porte une histoire possible. Des photogrammes d’une fable éventuelle. "Personnages" : trois femmes adultes, deux jeunes filles, deux fillettes, un cheval, un chien, un chat d’une couleur indéfinie (blanchie par le flash). Une seule des femmes et une des fillettes regardent celui qui regarde : elles communiquent avec le « déchiffreur d’instants » (autre nom du lecteur de photos). Deux femmes sont de dos. "Eléments matériels" : un bois, une route éclairée par la lune, pas la lune que l’on ne voit pas, un poteau et des fils électriques dans la campagne, une corde et une pince à linge, des collines, des prés, des feuilles de fougère. Aux lecteurs le plaisir d’entrer en contact, la « chance » d’inventer une histoire.
J’avance dans l’observation.
"Aurélie" n’a pas plus de trente ans, ses mains sont assez robustes, ordinaires, mais dans une position indéchiffrable : celle de quelqu’un qui tiendrait un fil de rasoir ou la tige d’un épi, ou bien encore un chapelet. Ses lèvres minces sont sur le point de dire quelque chose, ou viennent tout juste de le dire, mais qui sait quoi ! Le nez volontaire, le regard pénétrant, et pourtant il en émerge une certaine délicatesse. Tout en elle est fragile, et tout est fort. Parmi ces photos, je l’ai déjà mentionné, il n’y a pas d’hommes. Le cheval est-il de sexe masculin ? Sa présence fait penser à l’instinct animal : comme prisonnier dans la brume. La jeune fille qui rit sur l’herbe porte une robe d’un autre temps. Elle s’est abandonnée à la terre. Le titre parle d’une interpénétration : "Rire des herbes"(*). Essayez de dire : "bailler des ciels". Elle regarde peut-être quelqu’un qui est derrière, et qui nous est caché, qui se trouve hors champ. Peut-être est-elle simplement en extase. Ses mains ouvertes entre les cuisses et ses hanches expriment tension, désir. Envie de soulever sa jupe ? "Lella" n’est pas une chatte, mais une silhouette inversée. La photo est un jeu de figures géométriques : le fil à linge forme un angle avec la maison au dessous. Les lumières asymétriques des immeubles d’en face nous fixent comme les yeux d’un chat dans la nuit. Être sur le rebord d’une fenêtre pour un chat c’est normal. "Tinto", le chien, est le seul mâle. La main qui couvre le visage de la jeune fille a une tache étrange. "Les jeunes filles" sont là et ne sont pas là : avec ces robes démodées, elles se camouflent entre les feuilles, entre les silhouettes de l’ombre-ou de la lumière. "Col" en français a deux significations. Cette fois tout tient dans le mot et l’image en est refermée. Une montagne traverse les épaules de la jeune fille, sa robe a les plis de la terre. Le ciel court vers l’infini. Les fougères la protègent, elle est là à l’intérieur, elle est la nature. La route argentée par un coup de pinceau, les jeunes filles sont figées, surprises dans leurs mouvements, afin de deviner leurs pensées… Ce sont tous ces instants captifs, et il n’y a rien qui ne puisse être cueilli, mais pour cueillir il faut la grâce. Il faut l’accord, au sens musical, avec ce principe mystique, naturel qu’une amie me rappelle justement en ce moment : chaque instant est sacré.
 
 
(*) note : Le titre original de la photographie est « Rire, herbes ».
Traduit en italien le titre est devenu « Ridere herbi », le mot "rire" ayant été traduit comme un verbe et non comme un nom commun. Le titre italien peut donc être compris comme un verbe et son complément d’objet, soit « Rire des herbes ».